Your Thursday Briefing

Croyez en vos rêves et ils se réaliseront peut-être. Croyez en vous et ils se réaliseront sûrement. Martin Luther King


Azra Isakovic

Thursday, December 31

Good evening

Your Thursday Briefing – What you should know for Thursday December 31

Books

Books – Top 10 Books: the International Affairs Christmas reading list 2020 | InternationalAffairs

Books Engaging China | Columbia University Press

Books – Look to the future — what to read in 2021 | Financial Times

Books – Citizenship between Empire and Nation by Frederick Cooper | Princeton University Press

Books –The Ottoman Scramble for Africa: Empire and Diplomacy in the Sahara and the Hijaz | Mostafa Minawi | Stanford Press

Books – Outsourcing Empire, J C Sharman and Andrew Phillips | Princeton University Press

Books – Best Books of the Year 2020 | Financial Times

Must-Reads

Chin🇨🇳/HongKong🇭🇰 – Hong Kong media mogul Jimmy Lai sent back to jail  | Financial Times

EU/China – 10 Key Details in UK-EU Trade Deal  Anna Isaac, Politico EU

EU/China – What is in the EU-China investment treaty? | Financial Times

Asia/RCEP – “What RCEP can tell us about geopolitics in Asia” Rocky Intan | Lowy Institute

Covid19 – COVID Has No Grand Lesson for the World  Janan Ganesh, Financial Times

Asie/RCEP – What RCEP can tell us about geopolitics in Asia Rocky Intan | Lowy Institute

Foreign PolicyForeign Policy Stories That Packed a Punch in 2020  Keith Johnson, Foreign Policy

UK – Offa’s Dyke: Britain’s Unmarked ‘No-Man’s Land’  Oliver Smith, BBC

Indonesia’s Nonalignment Problem  Nithin Coca, Foreign Affairs

Biden – Biden Must Embrace Liberal Nationalism  John Mearsheimer, National Interest

U.S. Will to Fight Boils Down to Its Interests  Chang Kuo-tsai, Taipei Times

Handling the Growing Risk of Doing Business With China  M. Shoebridge, ASPI

Europe – Europe’s Misconceived Cohesion by Bálint Magyar, et al | Project Syndicate

China🇨🇳/BigTech – The big questions for Big Tech in 2021 | FT China

Research & Analysis

Africa/SahelRethinking Crisis Responses in the Sahel, Judd Devermont & Marielle Harris | CSIS PDF

US/Syria – Reframing US Syria policy: The road to Damascus runs through Moscow | Brookings Institution  PDF

Conférences/ Frederick Cooper : Empire, nation et citoyenneté : la France et l’Afrique

Asia/Trade –  Digital trade in the Asia-Pacific by Deborah Elms | Hinrich Foundation


Thank you and Happy New Year !

Azra

Your Wednesday Briefing

America’s present need is not heroics but healing; not nostrums but normalcy; not revolution but restoration. – Warren G. Harding


Azra Isakovic

Good Morning

Your Wednesday Briefing – What you should know for Wednesday, December 30

Books

Books – The Best of Books 2020 | Foreign Affairs

Books – How the Specter of Islam Fueled European Colonization in the Americas | Literary Hub

Books – What We Still Get Wrong About Alexander Hamilton, by Christian Parenti et Michael Busch | Boston Review

Must-Reads

Arab Monarchies – In Arab Monarchies, Absolute Rule May Be Dwindling by Hilal Khashan | Geopolitical Futures

China/EU – China-E.U. Talks Hit Another Snag as Biden Camp Objects | New York Times

2020 Saw the Return of the State Leviathan  Ferdinando Giugliano, Bloomberg

Turkey Sticks to Its Guns on S-400  Semih Idiz, Al Monitor

Viktor Orbán – The Broad Coalition Trying to Take Down Orban  Dalibor Rohac, The Bulwark

Will Italy-U.S. Relations Become Less Ambiguous?  Dario Cristiani, GMF

Hong Kong Reveals China’s Long-Term Strategy  Guy Sorman, City Journal

Where Year Two of the Pandemic Will Take Us  Ed Yong, The Atlantic

Global inequality –  Chateaubriand and inequality: two centuries later | Branko Milanovic

Far-Right – A Far-Right Terrorism Suspect With a Refugee Disguise: The Tale of Franco A. | New York Times

Research & Analysis

#Covid19/#Europe🇪🇺 – Le COVID-19 révèle la solitude stratégique de l’Europe, par Éric-André Martin | Ifri | IAI Papers PDF 📥  

Covid19/Europe🇪🇺/#US🇺🇸/#China🇨🇳 –  L’Europe face à la rivalité sino-américaine : le coronavirus comme catalyseur | IFRI PDF 📥 

Japon/Afrique – La diplomatie économique du Japon en Afrique, par Céline Pajon| Notes de l’Ifri décembre 2020 PDF 📥

Your Monday Briefing

Globalization is incredibly efficient but also so far incredibly unjust.

Pascal Lamy


Azra Isakovic
Dec. 7, 2020

Good morning

Paris eyes Recovery Fund for 25 member states  | EURACTIV

EU countries feel ‘numb’ about Turkey ahead of critical EU summit | EURACTIV

Europe’s Most Terrible Years  Geoffrey Wheatcroft, New York Review of Books

China tries to rewrite the narrative of the pandemic, By Javier C. Hernández  | New York Times

1918 Germany Has a Warning for America, by Jochen Bittner | New York Times

The Case for a Quadripolar World  Daron Acemoglu, Project Syndicate

China’s Bullying Hasn’t Silenced Australia  Elaine Pearson, National Post

The Borshch Battles  Michele Berdy, Moscow Times

The U.S. Companies Enabling Uyghur Genocide  Paul Brian, American Conservative

Dealing With Russia’s Mercenary Armies  Candace Rondeaux, World Politics Review

López Obrador Is Militarizing Mexico  Milena Ang, Financial Times

Why Iran Is Getting the Bomb  Lee Smith, Tablet

Italy’s North-South Divide, Maradona Edition  Hannah Roberts, Politico EU

Culture Vital to Easing Path to Arab-Israeli Peace  Ahmed al Mansoori, Jer. Post

Liberal Internationalism Is Still Indispensable  Michael Hirsh, Foreign Policy

Biden’s Chance for a Legacy Runs Through Europe, China  Frederick Kempe, Atlantic Council

Japan, France, US planning first joint military drills in May Report | The Straits Times

Réflexions sur la peste par Giorgio Agamben

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Les réflexions suivantes ne concernent pas l’épidémie, mais ce que nous pouvons comprendre des réactions qu’elle provoque chez l’homme. Il s’agit donc de réfléchir à la facilité avec laquelle une société entière a accepté de se sentir contaminée par la peste, de s’isoler chez elle et de suspendre ses conditions normales de vie, ses liens de travail, d’amitié, d’amour, et même ses convictions religieuses et politiques. Pourquoi n’y a-t-il pas eu, comme c’était néanmoins imaginable et comme cela se produit habituellement dans de tels cas, des protestations et des oppositions ? L’hypothèse que je voudrais suggérer est que, d’une certaine manière, et pourtant inconsciemment, la peste était déjà là, que de toute évidence les conditions de vie des gens étaient devenues telles qu’un signe soudain suffisait pour qu’elles apparaissent pour ce qu’elles étaient – que c’est, intolérable, tout comme une peste. Et c’est, en quelque sorte, la seule chose positive que nous puissions tirer de la situation actuelle: il est possible que, plus tard, les gens commencent à se demander si le mode de vie qu’ils avaient était bon.

Et ce à quoi il ne faut pas moins penser, c’est le besoin de religion que la situation révèle. Dans le discours martial des médias, la terminologie empruntée au vocabulaire eschatologique pour décrire le phénomène revient de manière obsessionnelle, surtout dans la presse américaine, au mot «apocalypse» et évoque souvent explicitement la fin du monde. C’est comme si le besoin religieux, que l’Église n’est plus en mesure de satisfaire, cherchait à tâtons un autre lieu et le trouvait dans ce qui est devenu la religion de notre temps: la science. Cela, comme toute religion, peut produire de la superstition et de la peur ou, au moins, être utilisé pour la propager. Jamais auparavant nous n’avons assisté au spectacle, typique des religions en temps de crise, d’opinions et de prescriptions différentes et contradictoires, allant de la position hérétique minoritaire (néanmoins représentée par des scientifiques prestigieux) de ceux qui nient la gravité du phénomène à l’orthodoxie dominante discours qui l’affirme et, cependant, diverge souvent radicalement sur la manière de le traiter. Et, comme toujours dans de tels cas, certains experts ou ces experts autoproclamés parviennent à obtenir la faveur du monarque qui, comme au temps des conflits religieux qui divisaient le christianisme, prend parti pour un courant ou un autre et impose ses mesures selon ses intérêts.

Une autre chose qui donne à réfléchir est l’effondrement évident de chaque conviction et croyance commune. On dirait que les hommes ne croient plus à rien – sauf à la simple existence biologique qui doit être sauvée à tout prix. Mais seule une tyrannie peut être fondée sur la peur de perdre la vie, seul le monstrueux Léviathan avec son épée tirée.

Une autre chose qui donne à réfléchir est l’effondrement évident de chaque conviction et croyance commune. On dirait que les hommes ne croient plus à rien – sauf à la simple existence biologique qui doit être sauvée à tout prix. Mais seule une tyrannie peut être fondée sur la peur de perdre la vie, seul le monstrueux Léviathan avec son épée tirée.

Pour cette raison – une fois que l’urgence, la peste, sera déclarée terminée, si elle le sera – je ne pense pas que, du moins pour ceux qui ont conservé un minimum de clarté, il sera possible de recommencer à vivre comme avant. Et c’est peut-être la chose la plus désespérée aujourd’hui – même si, comme cela a été dit, « ce n’est que pour ceux qui n’ont plus d’espoir que l’espoir a été donné ».

Source : Giorgio Agamben, Riflessioni sulla peste

Pourquoi la Première Guerre mondiale n’est pas finie

Les Vaincus de Robert Gerwarth – Une histoire de l’Europe entre 1917 et 1923 qui se penche sur le côté sombre de l’autodétermination nationale

Corps libres allemands

Des volontaires de Corps libres allemands à Berlin lors du Putsch Kapp de 1920, une tentative infructueuse de renversement de la République de Weimar © Getty

Dans La Marche de Radetzky, le chef-d’œuvre du romancier autrichien Joseph Roth de 1932, un aristocrate polonais conservateur nommé Comte Chojnicki prédit l’effondrement de l’empire de Habsbourg en 1918. Avec amertume, il attribue ce fléau aux minorités nationales rétives de l’empire : « Dès que l’empereur [Franz Josef] dit bonsoir, nous allons nous diviser en cent morceaux… Tous les peuples créeront leurs propres petites sales états… Le nationalisme est la nouvelle religion. »

Comme l’explique Robert Gerwarth dans Les Vaincus, ce n’est pas un hasard si Roth et d’autres Juifs d’Europe centrale ont regardé avec nostalgie, du point de vue des années 1930, la double monarchie disparue. Pour eux, la vie était plus en sécurité dans cet empire multiethnique, avec son traitement relativement tolérant des minorités, que dans la plupart des États-nations qui le remplaçaient, sans parler de l’Allemagne nazie.

L’Autriche-Hongrie est l’un des quatre empires à se briser à la suite de la Première Guerre mondiale, les autres étant l’Allemagne du Hohenzollern, la Russie tsariste et l’Empire ottoman. Sur les territoires des quatre empires déchus, les années d’après-guerre ont été marquées par des bouleversements et des dangers extraordinaires.  «Alors que les guerres civiles se chevauchaient avec les révolutions, les contre-révolutions et les conflits frontaliers entre États émergents sans frontières clairement définies ou gouvernements internationalement reconnus, l’Europe de l’après-guerre entre la fin officielle de la Grande Guerre en 1918 et le Traité de Lausanne de juillet 1923 était le lieu le plus violent de la planète», écrit Gerwarth.

L’indice du thème principal du livre de Gerwarth réside dans ces guillemets autour du mot « après-guerre ». Les Vaincus n’est pas une histoire générale de l’Europe entre 1917 et 1923. Il s’agit plutôt d’un mélange de récits rapides et d’analyses fluides de la tourmente qui s’est déroulée sur les terres des quatre empires déchirés, ainsi que de la Grèce et de l’Italie, de chaque côté de l’armistice de novembre 1918 sur le front occidental.

Les Vaincus de Robert Gerwarth 002Gerwarth démontre avec une concentration impressionnante de détails qu’en Europe centrale, orientale et sud-orientale, le carnage de la Première Guerre mondiale n’a en aucun cas pris fin, comme ce fut le cas pour les Britanniques et les Français à la fin de 1918. Dans le coup bolchevique et la guerre civile russe qui a suivi, les soulèvements d’extrême gauche en Bavière et en Hongrie, la guerre gréco-turque et des événements similaires, Gerwarth retrace un flux continu de violence et de désordres politiques provoqués par l’effondrement presque simultané des empires.

En ce sens, la première guerre mondiale a été « le catalyseur involontaire des révolutions sociales ou nationales qui devaient façonner l’agenda politique, social et culturel de l’Europe pour les décennies à venir », a déclaré Gerwarth. Parmi ses héritages, il y avait « une nouvelle logique de violence », souvent dirigée contre les minorités raciales et religieuses et ne faisant aucune distinction entre civils et combattants, qui devait avoir des conséquences néfastes deux décennies plus tard.

« Les acteurs violents de 1917-1923 étaient souvent identiques à ceux qui déchaîneraient un nouveau cycle de violence dans les années 1930 et au début des années 1940 », écrit Gerwarth. Les Freikorps, ou unités paramilitaires allemandes volontaires, qui ont mis un terme à la révolution de gauche dans la République de Weimar et se sont révoltés dans les États baltes, étaient les prédécesseurs spirituels des nazis.

Gerwarth, professeur à l’University College Dublin, né à Berlin, est l’auteur de deux ouvrages bien reçus sur l’histoire allemande, The Bismarck Myth (2005) et Hitler’s Hangman (2011), une biographie de Reinhard Heydrich. Son dernier livre développe de nombreuses idées publiées dans La Guerre dans la Paix : La violence paramilitaire en Europe après la Grande Guerre (2012), un volume d’essais stimulants qu’il a coédité avec John Horne.

Le traité de paix conclu à Versailles par les Alliés en 1919 avec l’Allemagne n’a guère contribué à calmer les violences de l’après-guerre. Gerwarth, contestant des interprétations historiques jadis dominantes, soutient que la question au cœur de Versailles et des traités connexes n’était pas l’insistance des Alliés d’inclure des clauses de culpabilité pour la guerre pour justifier des indemnisations versées par l’Allemagne et d’autres puissances défaites. C’était plutôt la tâche presque impossible de transformer l’Europe d’un ensemble des empires fonciers en ruines dans de nouveaux États dont la légitimité, pensait-on, devraient découler principalement de leur homogénéité ethnique.

Ce principe d’autodétermination nationale, communément associé à Woodrow Wilson, le président américain en temps de guerre, était plus attrayant en théorie que dans le monde réel de l’après-guerre. Son application aux empires démantelés de l’Europe a toujours eu tendance à être incohérente et lourde de risque de conflit ethnique. Gerwarth appelle cela « au mieux naïf et, en pratique, une invitation à transformer la violence de la Première Guerre mondiale en une multitude de conflits frontaliers et de guerres civiles ».

Dès le début, il y a eu des gagnants et des perdants. Les vainqueurs britannique, français et américain ont récompensé des peuples tels que les Tchèques, les Grecs, les Polonais, les Roumains et les Slaves du Sud qui étaient des alliés du temps de guerre ou étaient considérés comme amicaux. Ceux-ci ont reçu soit de nouveaux états indépendants, soit des territoires à ajouter aux états existants. Inversement, les perdants de la guerre, en particulier les Allemands, les Autrichiens germanophones et les Hongrois, ont été punis, la taille de leurs États titulaires étant réduite et leurs minorités importantes laissées en dehors d’eux.

À juste titre, Gerwarth ne va pas jusqu’à déplorer la fin des empires fonciers européens. Mais son livre affirme de manière convaincante que « l’histoire de l’Europe dans les années 1917-1923 est cruciale pour comprendre les cycles de violence qui ont caractérisé le XXe siècle du continent ».

Source: The Vanquished by Robert Gerwarth review — why the first world war failed to end

La pauvreté de la science politique par Georgy Kunadze

 Ce rôle ‘civilisatrice’ de l’arsenal nucléaire est à nouveau en grande demande en Russie qui se relève graduellement, tout en retournant aux ‘valeurs traditionnelles européennes telles que la souveraineté, un État fort, l’éthique chrétienne et les normes morales’. Et l’Occident ayant perdu ces valeurs, et « vaincus, commence à agir … en violation de presque toute norme morale, juridique ou politique, que l’Occident lui-même a proclamé. »

En Russie, le domaine de la science politique est dans un état de crise. Cela est évident non seulement dans les œuvres des mystiques de la géopolitique et les charlatans de l’école ‘patriotique’, mais aussi dans les réflexions superficiels de leurs adversaires autoproclamés : les courtisans ‘libéraux’ respectables. Avec les premiers c’est clair depuis longtemps: ils sont fanatiques et scélérats ordinaires, simple comme les râteaux. C’est moins évident avec le dernier groupe. Ils sont instruits, ils maîtrisent couramment et ‘non-patriotiquement’ les langues étrangères ; ils sont chez eux en toute capitale occidentale. Ils comprennent tout à la perfection. C’est avec des représentants de cette ‘classe éduquée’ ou le problème réside. russie003Certains ont traversé ouvertement du côté de la réaction et révèlent avec enthousiasme de la folie. D’autres  déguisent avec diligence  ses vus autoritaires dignes de l’homme des cavernes dans ses propres formes académiques.

Je voudrais aborder la dernière contribution à l’apologétique du régime de Poutine dans l’article Le Concert de Vienne du XXIe siècle, écrit par le politologue bien connu, Sergei Karaganov.

De quelle manière l’anniversaire est  glorifié?

L’article commence par l’éloge de ‘jubilé glorieux’ – le 200e anniversaire de la défaite de Napoléon, formalisée lors du Congrès de Vienne en 1815. Un Concert des Nations a été formé au Congrès et qui avait fourni, selon Karaganov,  ‘de la paix presque absolue en Europe depuis plusieurs décennies et de l’ordre relativement pacifique pour près d’un siècle’. Cette déclaration est très controversée parce que le Congrès de Vienne a abouti à la redéfinition des frontières en Europe, ouvrant la voie à de nouvelles guerres, et parce que le but de notoire Concert des Nations était un retour à l’ordre européen qui existait avant la Grande Révolution française.bnf001

Cependant, encore plus intéressant est la raison pour laquelle l’auteur estime que le Concert des Nations a été bénéfique. Selon Karaganov, ‘l’ordre pacifique’ en Europe a été construit  ‘sans humilier la France vaincue’, et les grandes puissances qui ont créé cet ordre pacifique ont été relativement homogène et ont été «gérés par des monarques autoritaires… qui partageaient des valeurs communes … ». L’allusion pour le traitement prétendument humiliante de la Russie après sa défaite dans la guerre froide est tout à fait évidente. En outre, le rêve naïf de faire revivre un ordre par lequel  ‘les souverains homogènes, autoritaires’ font des deals eux-mêmes est tout à fait bien évident.

 

Comment nous avons arrêtés de nous inquiéter et comment nous adorons la bombe


Karaganov indique également que, malgré ce que notre ‘souverain autoritaire’, Staline, a convenu avec ‘leurs souverains’ à Yalta, en Février 1945, de la Seconde Guerre mondiale est née un monde divisé, plutôt qu’un ‘concert’ des nations homogènes. Il y aurait eu une nouvelle guerre, poursuit-il, si le Dieu n’avait pas envoyé à l’humanité un arsenal nucléaire, qui a sauvé et continue à sauver ceux qui l’ont, tout en refusant la protection divine à ceux qui ont choisi de ne pas en avoir. Yalta001Renoncer à son arsenal nucléaire n’a pas sauvé la Libye, déplore l’auteur, ‘correctement’ en ignorant l’autre exemple, beaucoup plus évidente et récente – l’Ukraine. La décision de l’Ukraine de renoncer à ses armes nucléaires ne l’a pas aidé de se protéger contre l’agression de la Russie. Mais la possession des armes nucléaires de la Russie l’a aidé grandement: Si la Russie voudrait saisir toute l’Ukraine, personne ne se serait battu contre elle. Selon Karaganov, c’est exactement ça qui équivaut ‘au rôle civilisateur des armes nucléaires’ dans un monde où certains gouvernements sont ‘plus égaux que d’autres’ comme on les pourrait décrire en termes d’Orwell.

La décision de l’Ukraine de renoncer à ses armes nucléaires ne l’a pas aidé de se protéger contre l’agression de la Russie. Mais la possession des armes nucléaires de la Russie l’a aidé grandement: Si la Russie voudrait saisir toute l’Ukraine, personne ne se serait battu contre elle. Selon Karaganov, c’est exactement ça qui équivaut ‘au rôle civilisateur des armes nucléaires’ dans un monde où certains gouvernements sont ‘plus égaux que d’autres’ comme on les pourrait décrire en termes d’Orwell.

Ce rôle ‘civilisatrice’ de l’arsenal nucléaire est à nouveau en grande demande en Russie qui se relève graduellement, tout en retournant aux ‘valeurs traditionnelles européennes telles que la souveraineté, un État fort, l’éthique chrétienne et les normes morales’. Et l’Occident ayant perdu ces valeurs, et « vaincus, commence à agir … en violation de presque toute norme morale, juridique ou politique, que l’Occident lui-même a proclamé. »

‘À en juger par la rage actuelle contre la demande croissante pour le respect des intérêts de la Russie’, poursuit l’auteur d’un air suffisant, ‘le pays aurait été achevé … si ses ingénieurs faméliques, ses scientifiques et ses militaires n’avaient pas sauvegardé, grâce à leurs efforts héroïques, le potentiel nucléaire du pays dans les années 1990’. L’imagination vivement peinte dans un tableau épique: patriotes héroïques qui cachent le patrimoine le plus important du pays – son arsenal nucléaire – des cohortes avides d’Eltsine qui rêvaient de s’en débarrasser tandis que l’Ouest-Traître n’a eu qu’attendre pour terminer avec la Russie. Karaganov croit-il vraiment dans tous ces contes de fées? Je me souviens qu’il a écrit différemment dans les années 1990. Peut-être que l’auteur souffre de l’amnésie? Bien sûr que non. Il se souvient parfaitement de tout. Il a décidé tout simplement de botter en touche afin de suivre la tendance à l’ordre du jour.

À présent, Karaganov prévient que le processus pour que la Russie ‘se lève de ses genoux’ ne sera pas facile. Il parle encore de cette « réaction hautement rigide et même douloureuse de l’Occident à la politique russe qui vise à arrêter l’attaque sur ses intérêts en tentant d’attirer l’Ukraine dans sa zone d’influence et de contrôle ». Vraiment, quoi de plus naturel que de prendre un morceau d’un pays voisin ou l’incitation à une rébellion séparatiste dans un autre de ses régions? Ceux-ci sont strictement des mesures défensives et préventives par rapport à un État souverain qui vu de Russie soit dans sa sphère d’intérêts ‘légitimes’. Et l’utilisation de l’Occident de ses sanctions comme son «arsenal nucléaire économique» à lui est vouée à l’échec: parce que maintenant c’est clair à tous combien c’est dangereux de se fonder sur les institutions occidentales, ces règles, ces systèmes de paiement et ses devises.

Autres géopolitique traditionnelles

Karaganov conclut avec le retour du monde à la ‘géopolitique traditionnelle’, mais avec la mise en garde que ce sera ‘une autre géopolitique’ (apparemment les mots ‘traditionnel’ et ‘autres’ sont utilisés de manière interchangeable dans sa version de russe). Dans cette «autre géopolitique» la puissance militaire – à laquelle la Russie a compté si lourdement dans le ‘Conflit en Ukraine’ – sera d’une importance réduite. Économie jouera le rôle décisif parce que le bien-être de la population est la plus grande demande des masses. Tandis que tout ne va pas bien avec l’économie en Russie la Chine se porte bien. Et avec le Chinois, nous additionnons 1,5 milliard de personnes (la Chine a un 1,25 milliard et nous avons 140 millions). Le bloc économique le plus puissant dans le monde se lève sur l’Asie continentale – la Grande Commonwealth eurasienne – qui émergera avec l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) comme son noyau. Naturellement, il n’y a pas d’alternative à cela.Putin_and_Hu_JintaoPeace_Mission_2007 Le nouveau bloc sera ouvert aux pays de l’UE, tandis que le futur rôle des États-Unis n’est pas clair. Tout d’abord, laissons inutile élite américaine de décider ce qu’elle veut. Laissons les États-Unis de suivre l’exemple de la Russie et de son ‘élite de l’esprit global, de sa diplomatie de première classe et des avantages de sa géographie’. Mais d’abord, les États-Unis devraient au moins lever les sanctions contre la Russie, en reconnaissant à la Russie le droit légal de faire avec l’Ukraine comme elle lui plaît.

L’esprit ne peut pas comprendre comment juger les compétences et l’intégrité d’un politologue qui compose, en 2015, un traité dans lequel l’absolutisme du XIXe siècle est salué comme l’avenir radieux de l’humanité tout entière. Mais nous sommes dans une ère de la Russie, pour citer les frères Strougatski, quand « On n’a pas besoin de gens intelligents. Nous avons besoin de gens loyaux. »

Eh bien, mais la réalité est encore pire

Au début des années 1990, l’URSS a subi la défaite dans la ‘Guerre Froide’, le menant à la faillite de son système économique, politique, idéologique et gouvernemental. La Russie est devenue le successeur de l’URSS, puis elle a semblée à beaucoup, d’être, un état proto-démocratique et libre, capable de devenir, dans le temps, un membre digne de la communauté démocratique occidental. Une telle Russie n’était pas du tout le perdant de la guerre froide. Elle a été le vainqueur, un pays capable de se libérer du cercle vicieux de son grand, mais tragique destin. Le monde civilisé avait admiré une telle Russie, il lui a souhaité le succès et l’a aidée, pas toujours comme nous l’aurions voulu certes. Une telle Russie avait une crédibilité sans précédent dans le monde. Et elle avait regardé son avenir avec un optimisme quelque peu naïf certes. Puis vint de nombreux échecs et les erreurs: il s’est avéré que les vieilles habitudes indignes ont la vie longue. Les certains nouvelles-là, ne sont pas mieux. Et puis le malheur, habillé en vêtements blancs de succès, est venu: les prix mondiaux des hydrocarbures ont fortement augmenté. Inattendue, en tous cas, non gagnée, la richesse a complètement corrompu notre gouvernement et notre conscience. 1020505073En conséquence, la Russie s’est voit elle-même comme une version allégée de l’URSS et a sérieusement entamée la restauration de vieux ‘ordre’ dans sa taïga, dans lequel elle a l’intention d’inclure toutes les anciennes républiques soviétiques. Une nouvelle ‘doctrine Brejnev’ est sorti des profondeurs de l’inconscient des autorités. Une nouvelle ‘Guerre Froide’ est devenu inévitable. Dans cette nouvelle ‘Guerre Froide’ la Russie ne peut ni atteindre la victoire, ni subir une défaite totale: Ce n’est pas en vain que le Dieu lui a envoyé l’arsenal nucléaire.

Traduction: A. Isakovic

Source

L’héritage ambigu de l’année 1989 par Ivan Krastev

mur01«L’histoire est une ironie en mouvement » avait écrit le philosophe européen Emil Cioran il y a un demi-siècle environ. Et il avait raison. Il y a vingt-cinq ans, Européens de l’Est ont détruit le mur de Berlin et ont ouvert leurs bras vers le monde au-delà de leurs frontières. Aujourd’hui, avec le même enthousiasme, les mêmes Européens de l’Est sont en train de reconstruire les murs détruits dans l’espoir de trouver une protection contre la misère et les dangers d’un monde devenu plus grand. Et le président russe Vladimir Poutine n’est pas le seul à blâmer la démocratie et la destruction créative du capitalisme pour le désordre actuel du monde. Jamais auparavant les legs de 1989 n’ont été plus contestée ou plus ambigus.
Dans la première décennie après la fin de la guerre froide, les observateurs politiques ont été focalisés sur la façon dont la chute du mur de Berlin a changé les anciennes sociétés communistes. Les changements ont été spectaculaires. Les gens devenaient plus libres, plus prospère et plus mobile. L’intégration européenne a été un franc succès et l’Union européenne prise comme un modèle du monde à venir. Mais en 1990, déjà, le politologue américain Ken Jowitt a averti que c’est le déni politique et intellectuelle de croire que l’effondrement des régimes communistes suffira pour que le reste du monde en soit largement épargné. L’impact global de l’année 1989 est, donc, l’héritage que nous devrions saisir.
Ce que nous commençons à réaliser c’est que la propagation de la démocratie et du capitalisme, rendu possible en 1989, a également changé la nature même de la démocratie et du capitalisme. Les États-providence démocratiques de l’Europe occidentale ont été victimes dans la victoire sur le communisme. Dans les années de la guerre froide, afin de garder la frontière fermée avec le communisme, les démocraties occidentales ont gardé les frontières entre les classes sociales ouvertes. Dans ce temps des démocraties nationales, le citoyen électeur était puissant parce que cette personne était en même temps un citoyen-soldat, citoyen-travailleur, et le citoyen-consommateur. La propriété du riche dépendait de la volonté des travailleurs à défendre l’ordre capitaliste. La défense du pays dépendait le courage du citoyen-électeur de se dresser contre ses ennemis. Le travail de cette personne faisait le pays riche et la consommation de cette personne a été le moteur de l’économie.
Pour comprendre le sentiment qu’aujourd’hui en l’Ouest la démocratie est en crise, nous avons besoin de regarder comment la dépendance des politiciens sur les citoyens a été érodée. Lorsque les drones et les armées professionnelles remplacent le citoyen-soldat, le motif principal de l’intérêt de l’élite au bien-être public est sensiblement affaibli. Inondant le marché du travail avec des immigrants à faible coût, tout en externalisant la production, les élites ont également réduite leur volonté à coopérer. Pendant la récente crise économique, il est devenu évident que la performance du marché boursier américain ne dépend plus de la capacité de consommation des Américains. C’est une raison de plus pour laquelle les citoyens perdent leur influence sur les groupes dirigeants. La perte de l’influence du soldat-citoyen, du citoyen-consommateur et du citoyen-travailleur explique la perte de pouvoir des électeurs. Nous y voilà avec le sentiment amer que ce qui a été annoncé en 1989 comme une libération des peuples est devenue la libération des élites. Et c’est bien la perte de pouvoir des électeurs qui alimente la méfiance croissante envers les institutions démocratiques et chauffe la révolte contre les élites.

L’accélération de la mondialisation et sa reconfiguration du monde est l’héritage le plus important de la chute du mur de Berlin. En 1980, l’enquête sur les valeurs mondiales a constaté que la richesse économique était sans rapport avec les niveaux de bonheur dans les sociétés. Les Nigérians d’alors étaient heureux comme Allemands de l’Ouest. Des études récentes montrent que les Nigérians  sont désormais heureux en fonction de leurs revenus. Une des raisons de ce changement est que, en 1980, très peu de Nigérians avaient une idée de comment les Allemands de l’Ouest vivaient. Cela n’est plus le cas aujourd’hui. Si il y a une dictature qui se développe dans l’âge de la démocratisation, c’est bien la ‘dictature des comparaisons’. Il y a trois décennies les gens se sont comparés avec le voisin à côté ; maintenant les comparaisons ont pris une dimension mondiale. Et la propagation des idées occidentales, de ses institutions et de ses pratiques n’ont seulement échoué à occidentaliser le monde, mais ont également conduite à un détournement de pouvoir de l’Occident.
Aujourd’hui, alors que nous luttons pour trouver un moyen de gérer non plus la mondialisation mais la réaction contre elle-même, comment devrions-nous juger les héritages de 1989?

Ivan Krastev
Traduction : Azra Isakovic
Source : GMF

La bataille pour l’histoire: pourquoi l’Europe devrait résister à la tentation de réécrire son propre passé communiste par Martin D. Brown

Quelques mois plutôt les gouvernements tchèque et slovaque ont critiqué la diffusion d’un documentaire russe sur l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie en 1968, avec le ministère slovaque des affaires étrangères décrivant une tentative ‘de réécrire l’histoire’. Martin D. Brown écrit que, bien que le documentaire était sans doute imparfait, l’incident diplomatique était symptomatique d’une situation dans laquelle la Russie a adopté une vue plus en plus résolument soviétique de l’histoire, tandis que les États post-soviétiques ont soutenu la construction d’une histoire consciemment antisoviétique construite autour du concept de totalitarisme. Il argument que les États de l’UE ont peu à gagner dans la réécriture de leur propre passé tout simplement pour contrer le récit russe.

David Cameron a parlé la semaine dernière au 10e Forum sur la sécurité  GLOBSEC, tenue à Bratislava, en Slovaquie. Il a abordé les principales préoccupations de sécurité auxquels fait face l’Europe: le conflit en Ukraine, la montée de DAESH et le flux de migrants qui traversent la Méditerranée. Son discours visait clairement à rassurer les membres orientaux et méridionaux de l’Union européenne par le soutien britannique continue. Il a également souligné la nécessité de trouver des politiques crédibles pour lutter contre l’appel menaçant d’idéologie extrémiste de DAESH et la radicalisation des populations musulmanes en Europe occidentale.globsec001
Daesh n’est pas le premier mouvement essayant d’utiliser les médias sociaux (et d’autres) et de l’histoire révisionniste pour étayer sa stratégie géopolitique. Les hôtes de Cameron, les Slovaques, et leurs voisins d’Europe centrale et orientale, ont eu beaucoup d’expérience avec les idéologies extrémistes, de sorte qu’on pourrait  présumer, qu’ils ont développé des solutions viables pour lutter contre cette menace.

Plus récemment, la République tchèque et son voisin la Slovaquie ont été impliqué dans une querelle diplomatique avec Moscou sur un documentaire télévisé de Russie à propos de l’écrasement du Printemps de Prague en 1968 – un moment charnière dans l’histoire de l’une des idéologies prééminent extrémistes de l’histoire européenne: le communisme. Il n’y a rien d’étonnant à cela: le XXe siècle est un sujet âprement disputée. Le passé a été régulièrement une arme dans les guerres de propagande sur la ‘vérité historique’. Même la Guerre Froide a été constamment, et à tort, enrôlée de force au service des références en conflit actuel en Ukraine.
La Russie semble revenue à une vue résolument soviétique de l’histoire, alors que les États post-soviétiques ont soutenu la construction d’une histoire consciemment antisoviétique, construit autour du concept de totalitarisme. Les deux récits sont incompatibles et il est peu probable qu’ils encouragent le dialogue utile ou nous disent plus sur la capacité de l’histoire de proférer des recommandations politiques.

La bataille pour l’histoire

Cet incident particulier a été déclenchée par une nouvelle série sur la Rossiya-1 russe: Pacte de Varsovie – Pages Déclassifiées. Le programme a défendu l’invasion du Pacte de la Tchécoslovaquie en 1968 (impliquant les forces bulgares, allemandes de l’Est, hongrois, polonais et soviétiques), affirmant que c’était une intervention préventive pour éviter un putsch nazi dirigé par l’OTAN. Outrés, tant Bratislava et Prague ont déposé des plaintes formelles à la Russie pour avoir permise la diffusion de telles distorsions.

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Les allégations de Rossiya sont absurdes: un ressassé brutal de vieilles justifications soviétiques. Nous savons maintenant par de témoignages oraux que les troupes du Pacte de Varsovie, franchissant les frontières tchécoslovaques et surprises de la réception hostile, ont été nourries par des histoires similaires. Les comptes plus nuancées peuvent être trouvés dans de divers articles, des livres et des collections de documents qui démontrent de façon concluante la fausseté des allégations de Rossiya.
Donc, à la lumière de tout cela, ce fut un autre exemple des tentatives de Vladimir Poutine dans la  manipulation  de passé russe / soviétique à des fins politiques dans la guerre de l’information actuelle avec ‘l’Occident’. Peut-être qu’il est aussi symptomatique des inquiétudes de la Russie concernant des ‘révolutions de couleurs’ et de changements de régimes parrainé par l’Ouest. Mais ce n’est que la moitié de l’histoire.

Les vingt-cinq dernières années durant, Europe postsoviétique a aussi activement reconquit  et réécrit son histoire. Pendant l’ère communiste le passé était en surveillance stricte et fortement censuré. Le débat public sur les violations des droits de l’homme, sur la répression politique, sur les assassinats des dizaines de millions ont été supprimées. Des exemples bien connus comprennent l’obscurcissement officiel sur la famine ukrainienne, sur le pacte Molotov-Ribbentrop et sur le massacre de Katyn.
Bien que le passé a été confisqué par les régimes communistes, cela ne signifie pas que la version de l’ouest était totalement objective ou précise. Toutes les recherches dans la guerre froide ont été politisées, des deux côtés du rideau de fer. Les estimations établies antérieurement sur le nombre de morts sous Staline sont actuellement en cours de révision et réduits.
Depuis 1989, les États post-soviétiques ont ouvert leurs archives et ont adopté une législation pour créer des instituts de documentation et de diffusion de ces événements: l’Institut Estonien de la Mémoire Historique; la Maison de la Terreur en Hongrie; l’Institut de la Mémoire nationale en Pologne;  l’Institut de la Mémoire Nationale en Slovaquie, regroupés sous l’égide de la Plateforme de la Mémoire et de la Conscience Européenne.
Dirigée par la République Tchèque, une campagne a été lancée en 2008 pour formaliser ces perspectives dans l’UE elle-même. Une Journée européenne du souvenir a été établie par la suite, est célébrée chaque année le 23 Août.
Collectivement, et inspiré par la lecture de l’œuvre de Hannah Arendt (ou peut-être une lecture erronée), ces organes et les lois promeuvent une conception du totalitarisme parrainé par l’État, dans lequel les histoires et les crimes du fascisme et du communisme sont expressément assimilés. Les exposants les plus virulents de ce concept dans l’ouest sont Anne Applebaum et Timothy Snyder.
Controversée, ce discours a également été exposé à des efforts tentés de l’Holocaustisation; cooptant la terminologie de l’extermination des Juifs d’Europe. En 2014, le film estonien Dans le vent de travers, traitant les déportations de masse de 1941, utilise expressément le terme ‘Holocauste soviétique’. Encore une fois, le but étant d’assimiler les crimes communistes présentés comme moins connus avec celles des nazis.

cameron002Entièrement à juste titre, ces pays post-soviétiques se réapproprient leur passé perdu depuis longtemps. Cependant, leurs politiciens ont construit et fondé des organismes pour produire une version totalitaire de l’histoire ‘approuvée’ et diamétralement opposée à l’ancien récit communiste. Indépendamment de ce que l’on pourrait penser de l’utilité d’une telle approche, le caractère officiel du programme devrait donner une pause dans la réflexion. L’histoire est sur le discours et tout processus qui limite ou empêche le débat devrait être une source de préoccupation.

Traitée avec soin, et protégé de toute ingérence politique ou d’un sentiment national, une telle approche devrait donner des résultats utiles. Mais comme le Dr Muriel Blaive, Conseiller du Directeur de la recherche et de la méthodologie à l’Institut pour l’étude des régimes totalitaires de Prague, a averti dans une récente interview, cela n’a pas toujours été le cas. Il y a eu de grandes divergences dans la façon dont ces archives de l’époque communiste ont été protégées et utilisés, ainsi que dans les résultats produits.

Je dirais que le problème central n’est pas ce que l’approche totalitaire prétend avoir révélé, mais plutôt de ce qu’il n’a pas réussi à expliquer. Oui, les crimes du communisme ont été documentés et à juste titre, exposée, mais c’est quoi qui a été révélé au sujet de la comparaison avec le fascisme exactement, en particulier dans les États qui se sont livré activement aux deux à la fois? Il est difficile de voir comment l’amalgame des régimes disparates est une aide à l’analyse, d’autant plus que le concept de totalitarisme reste au mieux flou et mal définie.

global-cold-war002En outre, l’approche totalitaire est ouvertement euro-centrique et géographiquement myope. Il ne donne aucun aperçu dans la Guerre Froide mondiale, et il ignore le fait que, en dehors de l’Europe, Moscou a souvent été considéré comme le champion de la lutte anti-impérialiste.

Plus problématiquement encore, le projet n’a pas réussi à expliquer pourquoi des dizaines, sinon des centaines, de millions de personnes ont rejoint volontairement les partis fascistes et communistes en premier lieu ou ont collaboré avec ces régimes plus tard. Ont-ils été trompés, contraints, ou, plus inquiétant encore, ont-ils embrassé activement les idéologies sur l’offre? Nous n’avons pas de réponse.

Pour parler sans ambages, l’opposé aux mensonges communistes n’est pas la ‘vérité’. La Russie n’a pas non plus le monopole de la falsification du passé. La question ici, à l’instar de discours de Cameron à Bratislava, est de savoir comment les sociétés comprennent et luttent contre l’extrémisme idéologique, que ce soit le fascisme, le communisme, ou la hausse actuelle de fondamentalisme islamique violent.

Plus de vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, quel espoir pour l’UE de faire face à l’attirance de DAESH, si elle est encore à développer une compréhension sophistiquée et holistique de sa propre histoire de l’idéologie extrémiste?

Martin D. Brown

Traduction : Azra Isakovic

Source : LSE

Le triomphe du Moyen-Âge par Fedor Loukianov

Ce que l’on observe aujourd’hui, c’est un choc entre des époques, des périodes historiques – et non entre des communautés historico-culturelles.

Il suffit d’un coup d’œil au programme de la récente conférence de Munich sur la sécurité pour être pénétré d’un sentiment de désespoir. Prenez la discussion intitulée « Le monde en 2015 : un ordre qui s’écroule, des gardiens réticents ». Ou bien le débat de clôture, le dimanche 8 février : « Est-ce la fin du Proche-Orient (tel que nous le connaissons) ? ».

Toutefois, ces thèmes n’ont rien d’étonnant. Les combats qui se poursuivent en ce moment même dans l’Est de l’Ukraine et l’État islamique témoignent d’une barbarie de plus en plus frappante.

Nous assistons au triomphe mondial de l’esprit médiéval et de ses guerres intestines. On ne discerne plus aucune stratégie, à supposer qu’il y en ait jamais eu : tous les plans et calculs sombrent dans un univers de passion sanguinaire.

Il y a un peu plus de 20 ans, le spécialiste américain des relations internationales Samuel Huntington signait son célèbre article (étoffé en livre par la suite) sur l’inévitable « choc des civilisations » après la fin de la Guerre froide. Les sombres mises en garde du professeur ont dissoné dans l’euphorie qui régnait à l’époque en Occident, et fait l’objet d’un rejet catégorique de la part de nombreux commentateurs. D’autant qu’Huntington n’échappait pas à la schématisation et aux simplifications intrinsèques des travaux appartenant à un genre aussi spéculatif que l’approche civilisationnelle.

Néanmoins, ses appels à ne pas céder aux illusions et à prendre conscience que l’humanité, avec l’effondrement du communisme, n’avait pas résolu tous ses problèmes apparaissent, deux décennies plus tard, bien plus sensés que les œuvres mainstream de la période.

Il est encore impossible de dire si le diagnostic de Huntington sur le choc des civilisations était juste. Ce que l’on observe aujourd’hui, c’est un choc entre des époques, des périodes historiques – et non entre des communautés historico-culturelles.

Il y a plusieurs siècles, de bons chrétiens brûlaient volontiers des gens en place publique et massacraient des villages entiers pour intimider l’ennemi – à l’instar de l’EI aujourd’hui. Et les guerres intestines suivant la loi du talion n’ont jamais vraiment disparu. C’est simplement qu’avec le temps, les avancées sociopolitiques ont créé certaines normes, destinées à limiter toutes ces pratiques ancestrales.

Pourquoi Huntington et les autres pessimistes du début des années 1990 étaient-ils dans le vrai ? Tout a commencé avec la certitude du monde occidental qu’avec la disparition de l’éternel obstacle que constituaient l’URSS et le bloc soviétique, les conceptions humaines et sociales les plus avancées, dont les racines plongeaient dans le Siècle des Lumières, pourraient dès lors être diffusées dans le monde entier.

Mais une contradiction essentielle a surgi, qui a engendré la situation regrettable que l’on observe actuellement. En tentant d’accélérer l’histoire, les principales puissances mondiales ont commencé à revoir le principe clé qui avait fondé les relations internationales durant près de 400 ans, soit justement depuis le début du Siècle des Lumières : celui de l’immuabilité de la souveraineté des États-nations en tant qu’éléments structurels du système mondial.

Et c’est précisément cette réinterprétation de la notion de souveraineté qui a eu le plus grand impact sur les événements survenus dans le monde à partir des années 1990.

Conditions uniques du projet européen

Depuis le début des années 1990, on a assisté à plusieurs tentatives de repenser ce concept. L’Union européenne, cette communauté unique d’États construite sur une limitation progressive de leurs souverainetés respectives, en a été une force motrice. Dans l’Europe occidentale de la seconde moitié du XXe siècle, la mise en commun des droits souverains des peuples a servi de remède contre le chauvinisme destructeur qui avait plongé coup sur coup le Vieux Continent dans des guerres de grande ampleur. Ce remède a fait ses preuves.

Cependant, la réussite du projet européen est due à des conditions géopolitiques uniques, qui ont formé un terreau propice à l’intégration. En s’unissant, les États d’Europe se sont cuirassés contre un ennemi commun (l’URSS) et ont délégué leur défense à un acteur externe (les États-Unis). Sans ces éléments, la réconciliation miraculeuse des nations européennes aurait pu ne pas arriver.

Après la fin, opportune et réjouissante pour l’Occident, de la Guerre froide, l’Europe est arrivée à la conclusion qu’elle devait non seulement perfectionner sa récente expérience et sa perception nouvelle de la souveraineté mais également les exporter. Les politiques européens n’ont pas tenu compte du caractère unique des conditions dans lesquelles avait grandi la communauté européenne. Ils ont commencé d’étendre les normes et règles de l’UE à la région directement voisine. Puis, à l’échelle mondiale, les Européens ont élaboré un concept entérinant la possibilité de faire abstraction de la souveraineté d’un État au nom de la défense des droits de l’homme. L’idée est belle mais, étant donné l’impossibilité de s’entendre sur les critères rendant une intervention nécessaire, les États occidentaux se sont mis à interpréter de façon arbitraire et préconçue cette « responsabilité de protéger ».

Ainsi, le noyau du système westphalien – l’État-nation souverain – a de facto cessé d’exister en tant que tel dans l’ordre qui avait surgi après la fin de la Guerre froide, et la disparition de ce noyau a naturellement ébranlé l’ensemble du système.

Ainsi, l’humanité n’a pas fait un pas en avant, vers une nouvelle étape inconnue de son évolution, mais bien en arrière – vers le monde tel qu’il existait avant le système westphalien, lorsque les humains s’identifiaient par rapport à leurs origines ethniques et leur religion, et non par leur appartenance à un État-nation.

La bataille d’Azincourt en 1415. Crédit : archersdecompiegne.fr

La bataille d’Azincourt en 1415. Crédit : archersdecompiegne.fr

Le Moyen-Âge est revenu, remplaçant le monde moderne après une brève tentative de bâtir un monde postmoderne. Le morcellement féodal de l’Ukraine et la bestialité fanatique de l’EI, lequel rejette les frontières, n’en sont que les manifestations les plus criantes. La nouvelle guerre de Trente Ans, vu le rythme de vie actuel, sera probablement bien plus courte que la première, mais l’essence de ce conflit à niveaux multiples et à l’intensité en dents de scie sera la même.

Il est évident qu’il ne s’agit pas du terminus, que l’histoire ne s’arrêtera pas là. Il est possible que le développement suive une spirale, et que la nouvelle spire dans laquelle il s’engagera permette aux États de se repositionner fermement en tant qu’uniques leviers de défense contre les menaces transfrontalières. Mais il est aussi possible que les États ne parviennent pas à re-légitimer leur droit à la violence et à la représentation collective des intérêts des citoyens, qui s’empresseront de trouver protection dans de nouvelles formes d’auto-organisation. Cette nouvelle autodétermination pourrait aussi aboutir au scénario décrit par Huntington. Dans tous les cas, l’époque ayant succédé à la Guerre froide restera dans les mémoires comme l’illustration d’un contraste saisissant qui oppose, d’une part, les intentions et les attentes et, d’autre part, les résultats des efforts visant à concrétiser ces dernières.

Source : Le Courrier de Russie

La véritable histoire du 8 mars par Stéphanie Arc

Les manifestations de femmes ouvrières qui se déroulent à Petrograd en 1917 amorcent la révolution russe. BETTMANN/CORBIS

Les manifestations de femmes ouvrières qui se déroulent à Petrograd en 1917 amorcent la révolution russe. BETTMANN/CORBIS

La manifestation new-yorkaise censée être à l’origine de la Journée internationale des femmes n’a… jamais eu lieu ! Retour sur ce mythe démasqué par l’historienne Françoise Picq.

La Journée internationale des femmes fête ses 104 ans ! Ses origines reposent en réalité sur un mythe. Françoise Picq, historienne, l’a « démasqué » dès la fin des années 1970 : « À l’époque, toute la presse militante, du PCF et de la CGT, comme celle des “groupes femmes” 1 du Mouvement de libération des femmes, relayée par les quotidiens nationaux, écrivait que la Journée des femmes commémorait le 8 mars 1857, jour de manifestation des couturières à New York. » Or cet événement n’a jamais eu lieu ! « Les journaux américains de 1857, par exemple, n’en ont jamais fait mention », indique Françoise Picq. Et il n’est même pas évoqué par celles qui ont pris l’initiative de la Journée internationale des femmes : les dirigeantes du mouvement féminin socialiste international.

Une itiniative du mouvement socialiste

Car c’est un fait, « c’est en août 1910, à la IIe conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, à l’initiative de Clara Zetkin, militante allemande, qu’a été prise la décision de la célébrer », ajoute l’historienne. La date du 8 mars n’est pas avancée, mais le principe est admis : mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ». La Journée des femmes est donc l’initiative du mouvement socialiste et non du mouvement féministe pourtant très actif à l’époque. « C’est justement pour contrecarrer l’influence des groupes féministes sur les femmes du peuple que Clara Zetkin propose cette journée, précise Françoise Picq. Elle rejetait en effet l’alliance avec les “féministes de la bourgeoisie”. »

C’est Clara Zetkin, une enseignante, journaliste et femme politique allemande, qui est la réelle instigatrice de la Journée internationale des femmes. AKG-IMAGES

C’est Clara Zetkin, une enseignante, journaliste et femme politique allemande, qui est la réelle instigatrice de la Journée internationale des femmes. AKG-IMAGES

Quelques années plus tard, la tradition socialiste de la Journée internationale des femmes subit le contrecoup du schisme ouvrier lié à la IIIe Internationale. C’est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain : en 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée, puis le 8 mars 1917 ont lieu, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), des manifestations d’ouvrières que les bolcheviques désignent comme le premier jour de la révolution russe. Une nouvelle tradition est instaurée : le 8 Mars sera dès lors l’occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes (où elle s’apparente à la fête des mères !).

Les couturières new-yorkaises, un mythe né en 1955

Mais alors comment est né le mythe des couturières new-yorkaises ? « C’est en 1955, dans le journal L’Humanité, que la manifestation du 8 mars 1857 est citée pour la première fois », explique Françoise Picq. Et l’origine légendaire, relayée chaque année dans la presse, prend le pas sur la réalité. Pourquoi détacher le 8 Mars de son histoire soviétique ? « Selon l’une de mes hypothèses, poursuit-elle, Madeleine Colin, qui dirige alors la CGT, veut l’affranchir de la prédominance de l’UFF2 et du parti communiste pour qu’elle suive ses propres mots d’ordre lors du 8 Mars. La célébration communiste de la Journée des femmes était devenue trop traditionnelle et réactionnaire à son goût… » Et c’est pourquoi, en se référant aux ouvrières américaines, elle la présente sous un nouveau jour : celui de la lutte des femmes travailleuses…

Stéphanie Arc

Source : CNRS LE JOURNAL

Notes

  • 1. Ces groupes constituèrent la tendance « lutte des classes » du MLF.
  • 2. Organisation féminine dirigée par des communistes.