Du leadership à une hégémonie décomplexée, par Sabine Jansen

Les affaires domestiques d’une puissance telle que les États -Unis pèsent sur la destinée de chacun : la métaphore animalière et La Fontaine nous enseignent «qu’un rat n’est pas un éléphant». Si la capacité de projection dans tous les domaines est l’un des attributs traditionnels de la puissance, elle revêt une ampleur inédite dans le contexte de la globalisation.

Questions internationalesC’est la raison pour laquelle l’élection présidentielle de novembre 2016 et l’arrivée au pouvoir du 45″président des États-Unis ont suscité autant d’intérêt et de commentaires dans le monde. Son prédécesseur, Barack Obama, premier occupant noir de la Maison-Blanche, avait lui aussi bénéficié d’une forte exposition. Néanmoins, plus qu ‘un autre, Donald Trump occupe les médias, avec lesquels il entretient des rapports complexes et le plus souvent houleux. Qu’elle ulcère ou qu’elle fascine, et parfois les deux simultanément, sa personne sature les écrans et noircit les colonnes. Le plus âgé des élus à la Maison-Blanche est aussi le seul à n’avoir jamais exercé de responsabilité politique auparavant.

Mais Donald Trump est un show man hors pair. Star sur le tard de la téléréalité, l’homme d’affaires en maîtrise parfaitement les codes et sait qu’une communication performante peut être performative. Dégainant son compte Twitter plus vite que son ombre, il est presque un média à lui tout seul. Auteur de The Art of the Deal, il est aussi désormais celui d’une quantité impressionnante de fausses nouvelles et de contrevérités.

Comme tout leader populiste, il affectionne la relation directe, et les réseaux sociaux lui offrent la possibilité de s’exprimer instantanément et sans filtre. Il peut ainsi laisser libre cours à ses pulsions et à ses impulsions, dont la spontanéité est parfois sujette à caution. Donald Trump cannibalise tout discours sur les États-Unis, devenu ce pays dont le roi est un vieil enfant.

Après deux ans et beaucoup d’interrogations sur les intentions réelles du nouveau locataire de la Maison-Blanche, un premier bilan de son action s’impose. Son accession à la magistrature suprême traduit un certain état du pays, en proie au doute sur son avenir en dépit d’une position encore inégalée. Même si son style détonne, peut-on parler d’une révolution Trump ? Quelles sont, au-delà du spectacle permanent, les vraies ruptures susceptibles d’affecter en profondeur le système international ?

Les États désunis

L’élection de Donald Trump a servi de révélateur à la division de l’Amérique et de ses forces politiques, reflétant de profondes fractures sociales. C’est avec réticence que le Parti républicain a finalement accepté de faire du magnat de l’immobilier son champion. Outsider «disruptif », ce dernier n’avait jamais manifesté d’inclination particulière pour le « parti de l’éléphant

». Au contraire, il avait, dans le passé, flirté avec le Parti démocrate, envisageant même en 1987 de candidater à la Maison-Blanche sous ses couleurs. Sa victoire, en novembre 2016, lui a néanmoins donné toute l’onction nécessaire pour s’attacher le soutien des républicains. Elle a suscité un loyalisme d’opportunité, conforté dans l’immédiat par de bons indicateurs économiques…

 

Questions internationales n° 98 – Juillet-août 2019

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